L’époque gallo romaine sur le territoire d’Avessac

C’est en 50 avant Jésus-Christ que la Gaule toute entière, après huit années de guerre, se soumet à Jules César. Commence alors l’époque « gallo-romaine » qui s’achève 500 ans plus tard, au Vème siècle avec les « invasions barbares ». De cette période, le territoire d’Avessac a conservé quelques traces dont la plus importante reste la villa de Camargois. Elles nous permettent d’imaginer ce que pouvait être la vie des hommes sur notre territoire à cette époque.

La toponymie des lieux peut parfois nous indiquer des endroits déjà occupés à l’époque romaine. C’est le cas de certains lieux dits se terminant en « ac« , abréviation de « acum« , et qui veut dire le « domaine de… », « le lieux habité par…« .

Il est généralement associé au nom d’un des premiers occupants.
Au premier rang de ces lieux-dits, Avessac, qui s’écrit au IXème siècle « Avizac » et qui vient très probablement d’ « Avizius-acum », le domaine d’Avizius, nom d’un personnage romain. D’autres interprétations existent mais semblent moins crédibles. On raconte qu’à l’endroit même du bourg, était à l’origine un camp romain et qu’Avizius en était peut-être le chef militaire. Mais il n’existe aucune preuve. La tête retrouvée dans le choeur de l’église vers 1960, et qu’on donne parfois comme telle, reste très difficile à dater et relève plus probablement du haut moyen-âge. La confusion se fait sans doute ici avec un camp décrit par Bizeul au XIXème siècle, et qu’il situe sur les coteaux de la Madeleine en Saint-Nicolas de Redon.

Hormis le nom d’Avessac d’autres lieux-dits de la commune se terminent aussi en « ac« . Plusieurs ont cependant une autre origine que l’époque gallo-romaine et relèvent plutôt de la période médiévale. C’est le cas de certains noms soulignant un aspect environnemental: le Hayac, qui indique une portion de bois entourée de haies, le Feuillac, de « feuillart », un tas de branchages et le Vignac, de « vignaud », une pièce de terrain plantée en vigne. De même pour Bomélat qu’on écrit parfois Bomélac et qui est d’origine bretonne. D’autres lieux dits en revanche, témoignent réellement d’une origine gallo-romaine: Treignac et Séreignac, des noms d’hommes latins Treignus et Sereinius, Nérac, du nom d’homme gaulois Nerius, Linsac, qui peut être relève du nom d’homme latin Lucius et Gavressac, du gaulois gabros, la chèvre.
D’autres lieux-dits encore suggèrent aussi une présence gallo-romaine. Il s’agit de Bouix et de la vieille Boissière près de l’actuelle, du latin buxus, et qui indiquent des lieux où se trouvait à l’origine du buis. Cette plante ornementale, non autochtone, importée par les romains est souvent associée à la présence de vestiges propres à cette époque. Rappelons que certains anciens disaient: « Là où il y a du buis, il y a du romain! ». D’ailleurs , près du village de la Boissière, furent trouvés   quelques fragments de tuiles qui semblent romaines.

La littérature évoque parfois des traces matérielles laissées ici ou là sur le terrain: ainsi l’abbé Le Berre, dans son ouvrage dédié à l’histoire d’Avessac, nous précise qu’au XIXème «des débris gallo- romains, comme des poteries, des briques ont été trouvés en différents endroits de la commune», mais que «nous ne savons pas ce qu’ils sont devenus, ni où ils furent découverts».

Pitre de Lisle, érudit du XIXème siècle nous informe plus
précisément. Il nous indique la présence de débris à Etival, Trioubry et Rénihel. Il site aussi la Bodinière qui de toute évidence correspond au site de Camargois, déjà repéré à l’époque, où il relève la présence de murailles, poteries et scories ferrugineuses. Il s’interroge même alors sur l’existence d’une voie allant de Saint- Clair sur Plessé à Beslé et qui aurait desservi ces différents lieux, mais il n’existe dans ce cas aucune trace sur le terrain.

Plus près de nous, en 1977, on relève lors d’une prospection,  près de Tesdan, sur les Bauches, un amas de scories ferrugineuses avec des tegulae (tuiles romaines) et un tesson de poterie sigillée (type de poterie utilisée par les romains). La présence de ces scories témoigne d’une certaine activité de type métallurgique.

Avessac se situe d’ailleurs sur un secteur où les gisements de fer sont nombreux.
En 2003, lors d’un chantier dans un lotissement , rue de Massérac, des restes de tegulae et quelques tessons de poteries dont l’une est romaine furent trouvés. Le chantier fût difficile, le tracteur calant régulièrement sur des pierres, laissant à penser nous étions  en présence de substructions. Après recherches, il s’avère que les débris retrouvés étaient bien d’origine et qu’il y avait là une habitation gallo-romaine. Mais le site le plus intéressant reste sans aucun doute celui de Camargois.

Le site de la villa gallo-romaine de Camargois fût dégagé en 1969 par l’équipe archéologique du foyer des jeunes d’Avessac. Il fût fouillé de 1973 à 1976.
Ces travaux révélèrent la présence de thermes, datant du IIème siècle, situés à l’ouest d’une cour rectangulaire
autour de laquelle trois autres dépendances furent mises au jour. Ces thermes, par leur dimension, indiquent la présence en ce lieu d’une villa gallo-romaine déjà importante, datant probablement de la dite époque. D’une superficie totale de 8 m sur 10 m ils se composent tout d’abord à l’est de deux salles froides A et B avec baignoire demi-circulaire C. Le sol du frigidarium B (1,8 m sur 1,8 m) était dallé de schiste et bordé de plinthes en ardoise. La baignoire C, dallée elle même de schiste, possédait une banquette (largeur 28 cm, hauteur 21 cm) et un tuyau de vidange en plomb. Le baigneur passait ensuite dans le laconicum F pourvu d’un hypocauste à pilettes chauffé par un praefurnium P2 abrité sous un appentis. On devait ensuite passer dans le caldarium D et le solium E pourvus d’hypocaustes à pilettes et de tubuli chauffés par un praefurnium P1. Ceux de E sont formés d’imbrices. La suspensura de D et E, en briques et béton, supportait un dallage de schiste ardoisier.

Les murs des salles chaudes étaient décorés d’enduits peints du style géométrique à cadres, sur fond blanc, avec des bandes rouges, jaunes, oranges et noires. Ces thermes ont sans doute été remaniés dans la première moitié du IIIème siècle. Un apoditerium G est ajouté au sud du laconicum. La baignoire froide C reçoit un lambris de schistes et la salle froide A est transformée en tepidarium chauffé par un hypocauste à canaux en H.

Le sol recouvert de briques et d’un béton est alors dallé de plaques de schiste. Cette modification en A entraîne l’agrandissement du praefurnium P1 qui doit chauffer trois salles, E, D et A. Le laconicum F est installé sur un hypocauste à canaux rayonnants, terminés par des tubuli dans les murs. On trouve encore, au nord de la cour, deux autres constructions. L’une, faisant 3,9 m sur 3,3 m, est interprétée comme étant un entrepôt de séchage avec un système de chauffage par canaux rayonnants recouverts de grandes dalles de schiste. L’autre, située à l’écart, pourrait être un four à usage culinaire. Les thermes, et probablement l’ensemble, sont abandonnés dans la deuxième moitié du IIIème siècle puis réoccupés sommairement au IVème siècle.


Organisation territoriale du secteur d’Avessac

Lorsque les romains s’implantent en Gaule, ils reprennent le découpage des cités gauloises. Le territoire qu’occupe aujourd’hui Avessac, situé sur la rive gauche de Visnonia (la Vilaine) appartient alors à la cité des Namnètes dont le chef lieu est, à partir du IIème siècle, Portus Namnetum (Nantes).

On trouve, plus proches de nous, les localités de Blain et Durétie . La première des deux nous est surtout connue par l’importance de son carrefour routier. Pas moins de sept voies romaines convergent là en effet, favorisant le développement de toute une activité humaine. Une de ces voies se dirige vers le nord-ouest en direction de Darioritum (Vannes) en suivant tout d’abord, plus ou moins, l’actuelle D164. Elle passe ensuite par Calobert en Fégréac, où la voie se devine encore dans le paysage et suit alors la D35 jusqu’à la Vilaine qu’elle franchit à l’aide d’un gué au niveau de la butte Saint -Jacques. Là, se trouve Durétie, petite cité romaine, située de part et d’autre du fleuve et que la carte de Peutinger, copie médiévale de cartes romaines plus anciennes, signale. Des fouilles nombreuses, effectuées au XIXème siècle sur le secteur attestent bien là l’existence de la cité qui compte alors, selon les auteurs, entre 5000 et 30000 habitants.


Le territoire d’Avessac est quant à lui situé en zone rurale. Les quelques traces qu’on retrouve ici et là nous laissent à penser que nous sommes en présence d’un habitat dispersé. Seul Camargois se distingue par son importance. Il s’agit d’une villa qui appartient à une riche famille de notables. Les autres sites répertoriés sont occupés plus probablement par de simples colons exploitants quelques lopins de terres pour leur propre compte ou pour celui d’un propriétaire. Quelques chemins relient très certainement les habitations entre elles et aux localités du secteur, via les voies romaines comme celle décrite ci-dessus. Mais on ne peut pas vraiment dire qu’il y a sur Avessac un ou plusieurs de ces grands axes. Certains auteurs au XIXème ont cru en voir qui traversaient notre territoire: Pitre de Lisle avec une voie très hypothétique allant de Saint-Clair en Plessé à Beslé et Léon Maître qui décrit une voie allant de Pouancé à Vannes via Avessac. Si celle ci existe bien, passant notamment par Bomélas, elle est plus tardive et semble dater du moyen-âge, comme le chemin ancien qui, du côté de l’Etang en Fégréac, bifurque de la voie gallo-romaine ci-dessus décrite, continue sur la D164 pour rejoindre Redon et  sert de limite entre Avessac et Fégréac.

L’activité économique est pour l’essentiel agricole même si la présence de scories ferrugineuses retrouvées en divers endroits, associées à des débris d’origine incontestablement romaine, laissent à penser qu’il existait aussi une certaine activité artisanale, de type métallurgique notamment.

Sources

Noms de lieux et itinéraires anciens en Loire-Atlantique de Nantes à la Vilaine et au Brivet », Hervé Tremblay, thèse de doctorat de IIIème cycle en linguistique, nantes, 1985.

carte archéologique de la Gaule, la Loire-Atlantique », Michel Provost, Ed. Académie des inscriptions et belles-lettres, 1988.

Chronique d’archéologie antique et médiévale », Gérard Aubin, Bulletin de la Société Archéologique et Historique de Nantes et de Loire-Atlantique, année 1982-Tome 118.

la Loire-Atlantique des origines à nos jours », sous la direction de Fabrice Abbad , Gérard Aubin, Ed. Bordessoules.