Balade estivale « Si le marais m’était conté »

LA CUEILLETTE DES HERBAGES : UN DROIT D’USAGE TRADITIONNEL

L’utilisation des marais par les riverains était différente selon la localisation des espaces dont ils avaient la jouissance.

C’est le taux d’humidité qui conditionne la présence et l’abondance des espèces végétales. Les foins, joncs et roseaux ne se récoltent pas aux mêmes endroits. Deux types d’espaces se différencient nettement :

  • les plus bas sur lesquels les riverains ne faisaient que cueillir des herbages
  • ceux, plus hauts, sur lesquels ils fauchaient l’herbe pour le foin.

Le ramassage des herbages ou droit « d’herbaiges » répondait au besoin de fertilisation des terres cultivées et à celui des fourrages. Sur les terrains dont l’humidité était prégnante tout au long de l’année, les riverains ramassaient des plantes, indispensables pour « engraisser » convenablement les terres. Bien plus riche que l’engrais issu de l’écobuage des landes acides, les bourriers aquatiques fournissaient un fertilisant recherché par les paysans. Les herbes qu’on ramassait dans le marais étaient : la laiche », le goémon, le glaïeul (« glayeux » = iris d’eau ). Elles se cueillaient au printemps, lorsque le niveau d’eau des marais redescendait, et étaient ensuite étendues sur les terres labourées .

Ces terrains, souvent les plus médiocres et les plus mal drainés de la vallée, étaient aussi exploités par l’ensemble des paroissiens afin d’augmenter leurs ressources.

Selon les besoins, notamment pour pouvoir cultiver certaines herbes comme l’osier, les travaux effectués la plupart du temps dans les marais consistaient au creusement de fossés afin de mieux évacuer les eaux ou de monter des digues pour faire des bassins de rétention.

Des usages variés des herbes

Essentielles pour la fertilisation des terrains en labour ( = le marnissage), les herbes prélevées dans les marais servaient également l’ordinaire de la population locale.

Comme par exemple la culture des roseaux pour couvrir les maisons, les granges. C’est après les foins, que venait autrefois, soumise au droit de roselage, la coupe du « ro » ( = roseau). Pantalons retroussés jusqu’aux genoux, les pieds nus dans la vase, les roseaux étaient coupés à la faucille, par poignée. Les longues tiges vertes étaient liées en paquets pour en faire des charretées.

La disparition des toits de chaume fût sans doute liée au développement de l’agriculture à compter des XIXe et XXe siècles qui entraîna la transformation des pentes de toits afin de gagner de l’espace pour entreposer les récoltes.

On coupait aussi la hêche ou laîche pour économiser la paille dans les litières.

Le jonc, qui était avant tout la nourriture des bestiaux lorsqu’il était pilé, était un matériau utilisé pour l’ameublement des maisons. Les inventaires après décès témoignent de tables mais surtout de chaises « joncées », plus nombreuses que les chaises de bois ou de paille .

Le jonc était aussi utilisé pour faire l’étanchéité des barriques.

Le saule est encore une ressource de qualité pour la vannerie ou la confection de certains engins de pêche. L’osier n’était cependant pas fourni par les seuls « communs » ; il est parfois l’objet d’une plantation entretenue et réglementée par un bail de location. Certains fermiers étaient chargés de planter, d’entretenir et de couper des oseraies sur les prés qu’ils avaient en location. On retrouve trace des plantations d’oseraies sur les cartes du cadastre napoléonien.

Les bassins de rétentions d’eau étaient « délimités par des douves, des fossés qui servaient d’abreuvoir aux bêtes mais aussi au rouissage du chanvre et du lin.

PATURAGE ET ELEVAGE

Les mots ne manquaient pas au 18 ème siècle pour qualifier les marais, ces espaces laissés aux usages collectifs : « friches inutiles, terres sans valeur, cloaques immenses infestés par les maladies ». Mais pourtant, ils étaient indispensables aux petits propriétaires qui en tiraient la nourriture pour leurs bestiaux.

Les bêtes pâturaient sur des espaces communs, appelés communaux.

Dans la seconde moitié du 18ème, la Bretagne commenca à appliquer une ordonnance de 1669 qui prévoyait le partage des communaux entre les seigneurs et les communautés d’habitants qui en avaient l’usage. C’est ce qu’on a appelé l’afféagement. Avec les progrès agricoles, les seigneurs ont vu dans la valorisation des terres incultes, une occasion d’augmenter les revenus de leurs fiefs.

Le partage prit différentes modalités. Le seigneur propriétaire des terres pouvait laisser l’usage d’une partie de ses terres aux paysans, à titre gratuit ou onéreux .

Le démantèlement des communaux donna lieu à de nombreux conflits (arrachage des clôtures, comblement des fossés, abattage des haies et des talus). Les paysans défendirent plus un droit d’usage commun sur ces marais qu’un droit de propriété.

Découvrez le contenu intégral dans le numéro 8 de la collection « Les carnets d’Avessac »